Recherche clinique

La recherche clinique en question

La Recherche Clinique est à l’origine de l’ensemble des traitements et médicaments que nous connaissons, que ce soit le paracétamol, les vaccins ou encore les antibiotiques, en passant par les traitements de pointe en Cancérologie ou Cardiologie. Étape indispensable dans le développement de nouveaux médicaments et traitements, située entre la recherche fondamentale et la mise sur le marché, la Recherche Clinique représente donc un enjeu majeur de santé. Cet enjeu pour la France, en retard dans ce domaine notamment face aux pays émergents, a été souligné dans le Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française, dit « Rapport Attali » en 2008. À l’instar des CHU dont c’était l’apanage il y a peu, le CHBS participe à cette phase essentielle pour le développement de l’industrie pharmaceutique et de la qualité des soins.

Quoi ?

La loi Huriet-Serusclat (1988 révisée en 2004) encadre strictement l’activité de Recherche Clinique qu’elle définit comme recouvrant « les essais et expérimentations organisés et pratiqués sur l’être humain en vue du développement des connaissances biologiques et médicales ». La notion de « consentement éclairé » y est notamment précisée.

Pourquoi ?

La Recherche Clinique favorise :

  • l’accès des patients aux innovations et à la qualité des soins
  • la formation continue des médecins investigateurs et de leurs équipes
  • la notoriété des établissements hospitaliers
  • l’attractivité de la France pour la recherche

Comment ?

Lors de l’étape de l’évaluation chez l’être humain, le développement du médicament doit passer par 4 phases.

Phase I : La molécule ou le traitement est administré pour la première fois à un petit nombre de sujets sains dans le but d’évaluer la tolérance du produit et son devenir dans l’organisme.

Phase II : La molécule ou le traitement est donné à un petit nombre de patients atteints de la maladie à traiter afin d’évaluer la tolérance et l’efficacité de la molécule, notamment comparativement à un placebo.

Phase III : Lors de cette phase dite « de confirmation », la molécule ou le traitement est donné à un plus grand nombre de patients atteints afin d’établir son intérêt thérapeutique par la mesure du rapport bénéfice/risque de la molécule. Le promoteur va ensuite établir le dossier d’autorisation de mise sur le marché sur la base des résultats de cette phase.

Phase IV : Réalisés après la mise sur le marché du produit, ces essais ont pour objectif de mesurer la tolérance d’un médicament à plus grande échelle et dans des conditions réelles d’utilisation.

Qui ?

Plusieurs intervenants sont nécessaires pour la mise en place et le suivi d’une Recherche Clinique :

  • Le promoteur :
    À l’initiative de la recherche, il en assure le financement et la responsabilité de son bon déroulement. Il soumet, ensuite, le protocole de recherche à l’Agence Nationale pour la Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), au Comité de Protection des Personnes (CPP) et à la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL). Le protocole décrit la justification, les objectifs et les méthodes d’analyse des résultats de l’essai clinique.
    Les conditions dans lesquelles l’essai est réalisé et géré y sont également précisées.
  • L’investigateur et son équipe :
    Choisi par le promoteur, le médecin va, en premier lieu et avec l’aide de son équipe, concevoir le protocole d’essai clinique.
    Une fois le protocole validé par les autorités et le comité d’éthique, le médecin investigateur procède au recrutement des patients en leur expliquant le principe de l’essai et son déroulement pour ensuite recueillir, ou non, leur consentement. Le médecin investigateur et son équipe accompagnent ensuite le patient pendant tout le déroulement de l’étude.
  • L’attaché de Recherche Clinique :
    Issu majoritairement d’un cursus scientifique et recruté par le promoteur, il est l’interlocuteur privilégié de chacun des acteurs tout au long du protocole. Il fait le lien entre le promoteur de l’étude et le médecin investigateur.
    Il veille au bon déroulement de l’étude en s’appuyant notamment sur les normes érigées par le protocole et les bonnes pratiques cliniques (BPC texte du 24/11/2006).

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Recherche clinique : un enjeu

Si, entre 2007 et 2011, le nombre d’autorisations de nouvelles molécules ou associations en Europe et aux USA a crû respectivement de 52% et de 82%, force est de constater que la Recherche Clinique semble marquer le pas en France depuis quelques années. Source de financement et d’emplois (500 millions d’€ par an), la France doit, en effet, affronter l’émergence des pays asiatiques et sud-américains, plus compétitifs en termes de coûts mais également de recrutement de patients. Les chiffres parlent d’eux-mêmes puisque, dans ce dernier domaine, la France a recruté 246 patients par million d’habitants en 2012, soit 15% de moins qu’en 2010. Par ailleurs, en 2010, seules 28 % des études internationales impliquant l’Europe ont été proposées à la France contre 49% en 2006.
Le nombre d’essais cliniques a baissé de 13% de 2007 à 2011. Seuls 2/3 des études ont été financées par des promoteurs industriels contre les 3/4 en 2007.

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La recherche clinique au CHBS

Le CHBS a choisi de s’engager délibérément en faveur du développement des activités de Recherche Clinique.
Les acteurs de la Recherche Clinique au CHBS :

La Commission Médicale d’Établissement s’est dotée d’une commission présidée par le Docteur François Schmitt qui s’intéresse à la Recherche Clinique en complément du développement professionnel continu et de l’évaluation des pratiques professionnelles. En son sein, un bureau de Recherche Clinique placé sous la responsabilité médicale du Docteur
Christian Sire propose les orientations et en assure le suivi.

La Recherche Clinique est un investissement et s’avère, notamment, très chronophage. L’une des difficultés pour les médecins est, d’ailleurs, de concilier cette recherche avec leur activité de soins. Il en est de même pour l’ensemble des équipes soignantes. Les protocoles de recherche clinique requièrent, en effet, des examens plus nombreux et un suivi plus strict encore que les protocoles standards.

Une équipe composée de deux Attachées de Recherche Clinique (ARC) et d’une adjointe administrative, intervenant sur le volet financier, accompagne les équipes médicales qui souhaitent s’investir dans des études. Initialement financée exclusivement par l’Institut National du Cancer, elle bénéficie maintenant d’un soutien de l’Agence Régionale de Santé avec l’objectif de dégager à terme ses propres ressources par les conventions établies avec les promoteurs. Son déploiement progressif doit permettre d’augmenter la participation à des études et le nombre d’inclusions de patients dans des protocoles de Recherche Clinique. Les ARC sont les maillons indispensables à la Recherche Clinique, faisant le lien entre les différents interlocuteurs :

  • Elles informent les promoteurs des inclusions des patients, de l’avancée du protocole, d’éventuels problèmes rencontrés lors de celui-ci. En cas d’événement indésirable grave, comme l’hospitalisation imprévue d’un patient, elles informent, dans un délai de 24 heures le promoteur du protocole.
  • Elles servent d’appui aux médecins pour certaines tâches administratives, leur permettant ainsi de se consacrer le plus possible à leurs activités de soins. Elles ont également un rôle de conseil pour tout ce qui a trait au protocole.
  • En collaboration avec l’équipe soignante, elles veillent au parfait déroulement des protocoles : respect du timing des différents examens, de la parfaite attribution du traitement. Elles ont également pour mission de motiver ces équipes pour qui les protocoles peuvent représenter un surcroît de travail non négligeable.
  • En concertation avec les médecins, elles veillent au recueil du consentement des patients, mais aussi à la recevabilité des candidatures. Concernant ces dernières, elles vérifient que tous les examens ont bien été réalisés.

La présence d’ARC au sein d’un établissement est un atout majeur pour un promoteur qui sait qu’il aura ainsi un interlocuteur parfaitement identifié et un appui indispensable pour les médecins dans les protocoles.

Les études en cours :
Pour la seule année 2013, 29 conventions de Recherche Clinique ont été signées au CHBS. Ces études peuvent durer plusieurs années.
Il en existe deux types :

  • Des études observationnelles qui ont pour objectif l’observation de données.
  • Des études de recherche biomédicale qui portent sur la validation d’un produit.

Au CHBS, établissement labellisé par l’Institut National du Cancer comme Équipe Mobile de Recherche Clinique, les équipes d’oncologie sont depuis longtemps partie prenante dans la Recherche Clinique.

Ainsi, 35 études, dont 32 en Oncologie, sont actuellement ouvertes au CHBS dans lesquelles peuvent être inclus des patients.
Le nombre d’inclusions dans les protocoles signés au CHBS est en constante augmentation ces dernières années.
Si la Recherche Clinique reste pour l’instant concentrée en Cancérologie, il est nécessaire d’élargir cette recherche à d’autres services ; un protocole doit d’ailleurs commencer prochainement en Cardiologie. De plus, l’équipe médicale de Réanimation vient de soumettre un projet en qualité de promoteur dans le cadre du programme hospitalier interrégional de Recherche Clinique.

Rencontre avec le docteur Christian SIRE, Chef du  service d’Oncologie-Radiothérapie

Dr SireLe docteur Sire a, dès son arrivée dans l’établissement, oeuvré pour le développement de la Recherche Clinique.
Il rappelle l’importance de cette recherche et la nécessité de l’élargir au plus grand nombre de services, ainsi que l’intérêt pour le CHBS de développer cette activité.

De la même façon, il souligne le bénéfice conséquent, en termes d’image et d’attractivité, pour les établissements qui se consacrent à la Recherche Clinique.

Christian Sire a également bien voulu répondre à quelques questions :

NV : Quel est, pour un patient, le risque d’être inclus dans un protocole de Recherche Clinique ?

CS : Il n’y a pas de risque directement lié à la Recherche Clinique. Le patient bénéficie de traitements qui, s’ils sont encore à l’étude, ne peuvent qu’être bénéfiques. Il a d’ailleurs été démontré que les patients inclus dans les protocoles avaient un meilleur pronostic. Un comité d’éthique valide les différentes étapes d’un protocole depuis la proposition d’ouverture par le promoteur. Pendant toute la durée du protocole, les promoteurs effectuent également des visites dans les établissements.

NV : Quelle est la durée moyenne d’un protocole ?

CS : La Recherche Clinique requiert de la patience. Par exemple, à mon arrivée en 1994, j’ai commencé une inclusion de patients dans un protocole. Les derniers patients ont été inclus en 1999 et le fruit des travaux publiés en 2003. Il faut compter généralement une dizaine d’années pour une recherche d’importance.

NV : À ce sujet, comment réagissent les patients quand on leur propose d’intégrer un protocole de Recherche Clinique ?

CS : En 15 années de Recherche Clinique, à raison de 30 à 40 patients inclus par an, je n’ai eu que quelques rares refus. Il est bien évident que le patient acceptera facilement son inclusion si on prend le temps et le soin de lui expliquer clairement et précisément la nature du protocole et les avantages qu’il peut en tirer.

NV : Quelle est l’importance de la Recherche Clinique pour le CHBS ?

CS : La Recherche Clinique est extrêmement importante pour un établissement comme le nôtre. Elle lui offre, au travers des publications de nos travaux dans des revues à portée internationale, une exposition sans pareil. Elle permet également de nous donner la connaissance et l’accès aux toutes dernières avancées ; ce qui est un plus indéniable pour le patient. Le fait de faire de la Recherche Clinique permet également de recruter plus facilement des jeunes praticiens.

NV : Que souhaiter pour améliorer encore la Recherche Clinique au CHBS ?

CS : Au vu de la durée d’un protocole et du travail énorme qu’il représente, il me semble important d’avoir une personne qui assure, en plus des ARC, la coordination en interne dans l’établissement et avec le promoteur. Cette personne aurait également une mission de communication tant en interne que vers l’extérieur. Il est également indispensable que l’établissement communique sur son activité de Recherche Clinique, par exemple sur son site Internet.